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Petit déjeuner et débat du 9 février
2007
Les informations requises pour vendre des missions, en acheter,
les réaliser
Philippe NAMY, Conseiller du directeur
du Marketing et du Développement, AREVA NP
Jean-Paul SCHAER, Associé-fondateur du Centre d'Ingénierie du Développement
Objectifs
- Présenter
l'expérience d'un client et d'un prestataire chargés d'instruire un dossier qui
requiert des informations difficiles à trouver et à exploiter
- Expliciter
la démarche qu'ils ont adoptée, le client pour trouver et sélectionner les
prestataires compétents, le prestataire pour identifier le client et ses
besoins
- En déduire
les facteurs clés de succès des missions de conseil et les actions à mener pour
améliorer les performances du consultant, indépendant ou en équipe
Des marchés caractérisés par une forte asymétrie d'information
En s'inspirant du prix NOBEL 2001
attribué à George AKERLOF, Michael SPENCE et Joseph STIGLITZ pour leurs travaux
sur les marchés avec asymétrie d'information, on observe que l'asymétrie qui
caractérise les activités salariées et les missions de conseil se différencie
nettement
Dans le contrat de travail à durée
indéterminée, employeur et salarié ont une connaissance différente des effets
du contrat, parfois même une interprétation différente des termes du contrat.
L'engagement est pratiquement un investissement lourd, surtout dans les pays où
la sécurité de l'emploi est privilégiée, mais chacun s'informe avant de
s'engager, à travers ses relations personnelles pour le salarié, grâce à des
cabinets de recrutement souvent bien outillés pour l'employeur.
Dans les missions de conseil, client et
fournisseur négocient le prix et le contenu.
Chacun assume ses risques, flexibilité et insécurité pour le prestataire,
absence de garantie de résultats pour le client.
Mais l'impact d'un échec de la mission
sur la notoriété du consultant et sur la crédibilité interne du donneur d'ordre
chez le client conduit à réaliser un travail approfondi s'il n'y a pas eu de
relations antérieures entre eux.
L'information préalable est un facteur
clé de succès majeur et le rôle d'un prescripteur externe est déterminant.
Des différences majeures entre grands cabinets et conseils
indépendants
Les grands cabinets disposent d'une
grande puissance d'intervention et pratiquent la division du travail.
Les associés sont affectés à la collecte d'informations
commerciales
- Prospection : conférences, cocktails,
relations avec les prescripteurs,…
- Suivi des missions auprès des
dirigeants, recherche de missions connexes…
- Spécialisation par domaines de
compétences et de relations
Les juniors sont affectés à la collecte d'informations «
matières premières »
- Recherche d'informations chez le client
en début de mission (état des lieux, diagnostic, entretiens préparatoires)
- Recherche d'informations externes
(internet, presse, documentation propre au cabinet)
Les seniors ou managers sont affectés à la production / présentation
- Transformation des matières premières
en produits répondant au besoin
- Application de méthodologies
standardisées
Le conseil indépendant est obligé d'intégrer les diverses
fonctions et d'adapter la répartition de ses efforts en fonction des circonstances.
Face à la difficulté de réaliser efficacement tous les métiers, il doit
absolument :
- se spécialiser sur un domaine de
compétences,
- maîtriser les méthodes adaptées à son
profil,
- s'appuyer sur un réseau.
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Exemple d'une mission nécessitant une
recherche poussée d'informations
L'objet de la mission
- Instruire un dossier d'investissement
stratégique à l'horizon de plusieurs décennies, mais soumis à une urgence forte
liée à la nécessité de décider rapidement s'il y a lieu d'engager ou non un
programme lourd de recherche, de développement et d'ingénierie.
- Associer les clients potentiels d'un
produit disponible dans 25 ans à l'évaluation du marché et définir le produit
par une concertation étroite entre le producteur et les clients
La démarche préliminaire du client
- Explorer rapidement les compétences
disponibles sur le marché
- Collecter les informations publiques
pour s'assurer que le consultant ira au-delà
- S'appuyer sur des prescripteurs de confiance
- Maîtriser le processus interne de
sélection, soumis à des pressions multiples du fait des intérêts en jeu
La démarche préliminaire du prestataire
- Entretenir ou réactiver ses contacts
personnels en vue de se préparer à la mission
- Exprimer systématiquement de façon
claire et immédiate ses domaines d'intervention, ses compétences et ses
références
- Fournir un vrai produit lors de la
remise de l'offre, au terme d'un travail d'investigation approfondi malgré le
risque de ne pas emporter l'appel d'offres
Les critères de sélection utilisés pour comparer les réponses à
l'appel d'offres
- L'expérience
opérationnelle du consultant lorsqu'il a eu des responsabilités de dirigeant
- Sa
qualification dans les domaines industriels où le client manquait de
connaissances
- La couverture mondiale de ses références dans les domaines considérés
- L'assurance
donnée en termes de respect des délais imposés
- Le prix de
la prestation
Mais il s'est avéré rapidement que le
cahier des charges n'était pas parfaitement adapté aux objectifs de la mission
et un critère implicite qui est devenu déterminant était la capacité à affiner
le cahier des charges dès lors que les résultats obtenus mettaient en évidence
les approfondissements nécessaires.
La démarche de production adoptée pour réaliser la mission au
moindre coût et avec les meilleurs résultats était fondée sur :
- l'échange équilibré d'informations
entre client et prestataire, sachant que les informations disponibles chez le
client se sont rapidement avérées très importantes mais néanmoins insuffisantes
pour asseoir les conclusions,
- la collecte et l'intelligence des
informations publiques,
- la recherche d'informations privées,
grâce aux relations avec les clients du client.
Assez classiquement, la progression
conjointe du client et du prestataire a mis en évidence les points à
approfondir, des réorientations utiles, des missions connexes à réaliser pour
instruire le dossier, voire même des travaux très éloignés du sujet initial.
Les enseignements concernant la relation client-fournisseur
L'apport d'informations précède la signature du contrat puis sa
réalisation
- Le conseil doit répondre aux attentes
de son réseau relationnel et des prescripteurs et fournir, dès la remise de
l'offre, un prototype simplifié du produit proposé dans la mission de conseil ;
lors de l'exécution de la mission il doit faire en sorte que les informations
disponibles chez le client lui soient transmises
- Le client doit fournir au prestataire
des informations essentielles à la formulation d'une proposition pertinente,
puis des informations privées au fur et à mesure que la mission progresse.
Ces échanges d'informations reposent
sur la confiance réciproque
La confiance se construit et s'entretient, il faut se souvenir
de l'asymétrie d'information de part et d'autre et veiller en permanence à :
- ne pas considérer que la relation avec
le client est destinée à générer un courant d'affaires récurrent,
- utiliser l'expérience acquise dans la
mission, et la référence d'un client prestigieux, avec une prudence extrême,
pour respecter évidemment l'impératif général de confidentialité, comme les
impératifs particuliers liés à des missions stratégiques,
- ne pas chercher à rebondir chez un
concurrent – la loyauté implicite doit être réelle -, ni dans une des entreprises
rencontrées lors de la mission – le mélange des genres donne des résultats
médiocres.
Les enseignements relatifs à la
relation entre grands groupes et conseils indépendants
Malgré les compétences souvent acquises par le conseil
indépendant dans de grands groupes en tant que salarié, la relation est
difficile
- Le grand
cabinet a une réputation et on hésite à reprocher à un dirigeant l'échec d'une
mission attribuée à un cabinet connu
- Le conseil
indépendant doit faire la preuve qu'il maîtrise une gamme de compétences
étendue et capable d'intervenir sur des problématiques globales (Europe, en
Asie ou en Amérique), alors que le réseau des filiales d'un grand cabinet de
conseil laisse supposer que cette connaissance est indiscutable
- Le conseil
isolé peut faire craindre au client qu'il ait une vision personnelle forte et
totalement subjective du résultat de la mission, alors que la diversité des
intervenants d'un cabinet permet d'espérer une plus grande objectivité ou au
moins une confrontation des points de vue
- Les services
chargés d'assister les dirigeants dans l'achat de prestations de conseil
fondent leur analyse sur des informations souvent éloignées des compétences
nécessaires à l'exécution de la mission, le chiffre d'affaires ou le nombre de
salariés, les références dans l'entreprise elle-même, les résultats comptables
Le conseil indépendant sous-estime
généralement de beaucoup les efforts et le temps que doit déployer son
interlocuteur chez le client pour convaincre sa hiérarchie du bien-fondé de son
choix, résister aux pressions internes, éconduire un cabinet prestigieux qui a
répondu à un appel d'offres, assumer les risques d'échec qui pèsent sur lui
malgré toutes les réunions internes préalables à la décision de retenir un
inconnu pour réaliser la mission.
Réciproquement, les entreprises
utilisent fréquemment des cabinets de notoriété reconnue pour faire accepter
des mesures de restructuration qu'elles ne veulent pas ou ne peuvent pas faire
entériner directement, alors que le conseil indépendant pourrait contribuer à
une mobilisation plus efficace des acteurs internes du changement.
La clé du succès repose incontestablement sur une meilleure connaissance
réciproque.
Conclusion
Le réseau des membres de X-Mines-Consult
et de ses partenaires d'autres grandes écoles constitue un outil formidable
pour chacun des consultants désireux de s'appuyer sur des partenaires de
confiance, et un vecteur de notoriété auprès des grands groupes encore
largement sous-exploité.
La situation française constitue une certaine anomalie dans le paysage
international du conseil, le diplôme constituant un signe de reconnaissance
bien plus fort qu'ailleurs dans le monde, même dans les pays voisins : d'une
certaine façon le diplôme est un substitut commode à la recherche
d'informations objectives et récentes sur la capacité du conseil indépendant,
substitut commode mais terriblement inadapté.
Les participants s'accordent largement pour conclure que :
- les
compétences réunies au sein de X-Mines-Consult et la force de son réseau
doivent être mieux connues des donneurs d'ordres,
- le caractère
associatif de XMC, son engagement à n'entreprendre aucune action commerciale,
sont les garants de sa crédibilité auprès du public,
- la mise au point de son site internet, la diffusion régulière de
sa lettre d'information et les contacts directs avec des dirigeants
contribueront au développement de sa notoriété par effet de marketing viral en
2007,
- la publication de contributions de fond dans la presse professionnelle,
au-delà des publications dans les revues d'anciens élèves, démontreront à
partir de 2008 la capacité des consultants indépendants soutenus par leur
réseau à rivaliser avec les plus grands cabinets de conseil.
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