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Réunion du 14 février 2002
avec Claude DURAND (Saint-Etienne 77) , Directeur du Développement d’OSIATIS
Le conseil assuré par les sociétés de services informatiques ne fonctionne
jamais bien : après une « courte » lune de miel, c’est souvent
de la vaisselle cassée. Pourquoi ?
Les clients demandent souvent que le service et le conseil soient assurés par
un guichet unique, les consultants le souhaitent, autant que les prestataires de
services informatiques.
Son expérience des deux mondes, celui du conseil et celui des services
informatiques, inspire à Claude DURAND quelques règles à respecter,
facteurs-clés de réussite.
Une suite d’expériences mouvementées
Après une 1ère expérience du conseil chez Gamma International et
4 ans au CCF (responsable du déploiement des mini-ordinateurs en agence puis
responsable de l’audit informatique), Claude revient chez Gamma pour créer
Gamma Risk Management ; mais Gamma est racheté par Cap Sesa dans le cadre
de la constitution du pôle Conseil du groupe, Gemini Consulting. Toujours chez
Cap Gemini, Claude devient directeur conseil de la division Exploitation. En
1998, il est recruté par Walter Butler, qui vient de reprendre Thomainfor
(aujourd’hui Osiatis), pour en définir la stratégie et en conduire le
développement. Il vit ainsi le rachat de Gamma par Cap Sesa (qui provoque le
départ de consultants chez Bossard), puis le rachat de Bossard par Cap Gemini
(où les consultants se retrouvent), et celui de Cap Gemini par Ernst and Young.
Première observation : de bons dirigeants peuvent réussir à déterminer
quels sont les profils adaptés aux métiers du conseil et ceux qui le sont aux
métiers de la prestation informatique, mais ce n’est pas simple.
Tout le monde réclame un « guichet
unique »
Le client veut un système d’information qui marche (des recommandations qui
aboutissent au résultat annoncé), et cohérent avec la stratégie de l’entreprise
comme avec son organisation (utilisable pour fixer et suivre les objectifs plus
ou moins décentralisés selon les conclusions formulées par les consultants).
Les prestataires de systèmes informatiques rêvent d’accéder aux directions
générales pour travailler sur des projets qui répondent aux besoins de
l’entreprise et pas seulement aux directions informatiques, comme pour
augmenter la valeur de leurs prestations (mieux vaut facturer des journées de
consultant que des journées d’informaticien).
Les consultants sont anxieux de mieux connaître l’impact réel de leurs recommandations
sur le terrain, et préféreraient avoir des contrats d’infogérance garantis sur
plusieurs années pour assurer plus de pérennité à leurs activités.
Bref, chacun cherche le beurre et l’argent du beurre.
La vie commune entre le consultant et le prestataire est difficile
L’un est un partenaire du client doté d’une confiance en soi parfois excessive,
l’autre un fournisseur aux ordres, qui ne tient que grâce à son expertise.
L’un vend des idées, de la créativité, de la remise en question du client, et
parfois du papier, l’autre est attendu sur les performances pratiques du
système mis en place et sur le respect des engagements de service.
Les prix de facturation de la journée vont du simple au décuple mais les taux
d’activité de l’informaticien font rêver le consultant.
Les formations de départ sont très différentes, comme les salaires, le train de
vie (un consultant dîne avec son client dans les meilleurs restaurants), et la
gestion de carrière, linéaire pour un consultant qui vise à devenir associé de
son entreprise, peut être beaucoup plus diversifiée pour un informaticien,
selon qu’il cultive son expertise ou son rôle de meneur d’hommes.
Bref, la cohabitation est périlleuse pour tous, y compris le client en fin de
compte.
Quelques règles pour réussir tout de même
Garder séparées les organisations
Le conseil n’a de valeur que par son « indépendance » : le
client se rend vite compte si le consultant est là pour vendre une solution
toute prête ou pour répondre à ses besoins.
Mais l’indépendance est difficile à assurer : que dire à un consultant
« maison » qui recommande un prestataire externe quand on est
dirigeant de l’ensemble ?
Prévoir des occasions de mise en commun de l’expérience
Une connaissance partagée des marchés et des technologies est essentielle à
la réussite des deux métiers ; des contacts périodiques sur le déroulement
d’un projet, sur l’appréciation portée par le client contribuent à une
meilleure compréhension du rôle de chacun ; l’élaboration en commun de la
stratégie, ou au moins une présentation de cette stratégie par la direction
commune aux deux métiers permet de mobiliser les énergies dans le même sens.
Enrichir les conseils en contenu
technique
Une connaissance de la réalité des prestations informatiques et des
différentes solutions possibles augmente la crédibilité du consultant, autant
que la mise à jour de son information sur les innovations ou le retour sur les
résultats observés chez le client.
Enrichir les prestations informatiques
en compréhension des enjeux
Le prestataire a tout intérêt à connaître le résultat des audits et le
contenu des recommandations élaborés par le consultant avant de se lancer dans
son projet.
L’observation montre de plus que les consultants sont très peu présents sur un
marché très demandeur, celui du « reengineering » de la production
informatique elle-même : avis aux consultants à la recherche de
contrats !
Développer une gestion globale des
connaissances
Les sociétés de conseil et de prestations informatiques sont très actives
pour développer le « knowledge management » chez leurs clients :
elles gagneraient à faire de même chez elles, à multiplier les passerelles
entre détenteurs de connaissances et d’expériences, à concevoir et à exploiter
des systèmes « ouverts », conçus par et pour les représentants des
deux métiers.
Assurer une gestion globale des
compétences
La formation d’origine ne définit pas nécessairement le cursus complet
d’une carrière : les rencontres entre informaticiens et consultants, les
passages d’un métier à l’autre, peuvent remettre en cause bien des idées
reçues.
Reconnaître les apports individuels dans
les projets conjoints
Il importe de valoriser la contribution de chacun, en fait surtout celle de
l’informaticien ! Le consultant se charge de ce dont il a besoin.
Le débat qui suit illustre les difficultés du dialogue
Les cloisons sont-elles vraiment étanches ? Faut-il qu’elles le
soient ?
L’expérience montre que, lors de regroupements, supprimer brutalement les
cloisons provoque plus de drames que d’effets bénéfiques, plus de démissions
que de coopérations ; le dialogue est affaire de temps et de volonté.
Le consultant d’un prestataire informatique, a fortiori d’un constructeur de
matériels informatiques, peut-il être « indépendant » ?
Deux écueils à éviter : le consultant incapable de prendre du champ
par rapport à son collègue prestataire ou constructeur, et le consultant qui
par pudeur recommande systématiquement une offre concurrente ; la marge
est étroite.
IBM est sans doute celui qui a le mieux réussi à dissocier l’offre de matériel
et celle de prestataire de services, c’est ce qui fait sa force.
Au plan commercial, une différence
majeure sépare le consultant et le prestataire informatique : le 1er
doit savoir « se vendre », le 2ème doit savoir vendre un
produit ; peut-on faire bien les deux ?
L’expérience montre que bien des consultants vendent des prestations de
conseil qu’ils n’assurent pas eux-mêmes et que les prestataires de services
informatiques ne vendent pas grand chose faute d’avoir une approche commerciale
à la hauteur.
Bref, il y a du grain à moudre pour tout le monde.
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