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En finir avec les idées reçues en management
Les Echos 10 décembre 2007 (extraits)
Pour Jeffrey Pfeffer et Robert Sutton, deux professeurs de Stanford, trop
de semi-vérités managériales se transforment à tort en croyances
incontestables.
Les dirigeants et managers d'entreprise ont-ils des réflexes moutonniers ?
C'est la question que soulève la lecture d'un ouvrage(*) coécrit par Jeffrey
Pfeffer et Robert Sutton. Ces deux professeurs de l'université de Stanford
(Californie) mettent les entreprises en garde contre des pratiques qu'ils
estiment à tort unanimement reconnues comme la marque d'un management moderne.
Un plaidoyer sévère en faveur d'une plus grande rigueur de jugement et d'un
retour au management factuel (ou par la preuve), qu'ont accepté de commenter
pour « Les Echos » des dirigeants d'entreprise et autres experts du monde
économique.
La stratégie
(*) « Les décisions des entreprises reposent fréquemment sur l'espoir ou
la peur, sur ce que les autres font, sur les idéologies chères aux dirigeants, sur
ce qu'ils ont déjà fait ou sur ce qu'ils croient avoir été efficace dans le
passé - bref, sur autre chose que des faits avérés. »
Denis Delmas, PDG de TNS Sofres, juge qu'il y a en effet « trop de
conformité de pensée, alors qu'une stratégie se doit de jouer sur le terrain de
la différenciation. » Un défaut cultivé, à ses yeux, par nombre de
dirigeants et consultants, mais aussi quantités d'analystes financiers. «
Leur panurgisme idéologique influence les stratégies d'entreprises : sous leur
pression, en 1998-1999, les entreprises estimaient toutes devoir se lancer dans
l'Internet. Et c'est la même chose, aujourd'hui, avec l'outsourcing dans les
pays émergents »...
Le changement
(*) « On glorifie les entreprises qui réussissent à conduire le
changement, on déifie leurs dirigeants, et on diabolise les autres, celles qui
restent accrochées au passé. Il semblerait que la seule alternative possible
soit «changer ou mourir». »
« C'est vrai : si je ne change pas, je meurs », reconnaît Christian
Champagne, PDG de Netfective Technology. Mort de l'entreprise, mais aussi
disparition symbolique du dirigeant puisque - phénomène récent et mondial -
l'incapacité à gérer le changement est devenue la principale cause de
révocation des PDG et hauts dirigeants...
Les grands leaders
(*) « Nous sommes obsédés par le leadership. (...) Si l'on noircit tant
de papiers sur les leaders, c'est parce que nous sommes convaincus que notre
sort, et celui de nos organisations, est entre leurs mains et qu'il doit en
être ainsi. »
« Le dirigeant surpuissant est une vision passéiste », affirme
Jean-Marc Lazzari. Pour le vice-président et directeur général Europe
continentale d'Unisys, un « leader » est aujourd'hui un dirigeant capable de «
s'épanouir dans la complexité et l'incertitude grâce à ses capacités de
résilience » : « Il incarne une stratégie, l'inscrit dans la durée,
suscite de l'enthousiasme, de la confiance, de l'émotion, donne du sens à cette
aventure, la simplifie suffisamment pour toucher toutes les strates de
l'entreprise et s'y tient au prix de réadaptations permanentes »...
Vie privée et vie professionnelle
(*) « L'intégration des besoins et des préférences des individus dans la
conception du travail peut améliorer les performances de l'entreprise et la
satisfaction des salariés. »
« La vie privée interfère bel et bien dans le travail. Le plus délicat,
c'est de faire attention à chacun sans se montrer intrusif », souligne
Stéphane Duproz, directeur général de TeleCityGroup...
L'obsession du talent individuel
(*) « Le talent n'est pas si facile à identifier à coup sûr, et il n'est
pas définitif, sauf si vous pensez le contraire. »
« Attention, le talent est un terme trompeur ! » estime Yves Morieux.
« Pour moi, c'est l'association d'une dynamique de valeurs ajoutées
managériales et d'un système de coopération. » Autrement dit, en pleine
guerre mondiale des talents, les entreprises achètent à prix fort des
compétences spécifiques - de la valeur ajoutée - qu'elles combinent aux efforts
produits par chacun pour doper la productivité.
« J'ai besoin de talents, mais je
cherche avant tout à former une équipe, qui inclut aussi des emmerdeurs »,
prévient Stéphane Duproz. Pour Jean-Marc Lazzari également, c'est la puissance
collective qui prime. « Aux nécessaires têtes bien faites et bons petits soldats
s'ajoutent de précieux éléments : des profils à la fois entrepreneurs et
innovants », souligne Jean-Marc Lazzari.
Les incitations financières
(*) « Les incitations financières ont un impact puissant sur la
performance, mais pas nécessairement aussi positifs que l'espèrent les
dirigeants et les conseillers. »
« L'argent est important et, sur ce terrain-là, le salarié veut être
rassuré », martèle Stéphane Duproz. « Mais sans accomplissement
personnel et fort sentiment d'appartenance, la situation n'est pas tenable »,
tempère Thibault Lanxade...
MURIEL JASOR
Les 10 règles du management par la preuve
- Considérer l'entreprise comme un prototype à améliorer sans
cesse.
- Observer les faits, rien que les faits.
- Privilégier l'art du bon sens et de la preuve.
- Recourir aux services de conseillers extérieurs.
- Prendre conscience que les certitudes absolues sont
destructrices.
- Décliner le management factuel à tous les niveaux hiérarchiques...
- ... Et bien le vendre en interne.
- En cas d'échec, ralentir la diffusion de mauvaises pratiques.
- Considérer l'échec comme un révélateur.
- Ne pas tout miser sur un homme providentiel.
(*) « Faits et foutaises dans le management », de Jeffrey
Pfefferet Robert Sutton, éditions Vuibert.
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