Revue des Mines - Novembre/Décembre 2006
Jean-Marc RIETSCH (Ingénieur Civil des Mines), Président de la FEDISA (Fédération Européenne pour le développement de l'ILM, du Stockage et de l'Archivage)
La profession du conseil et des métiers du savoir et de l'intelligence est devenue l'un des plus grand secteur économique au monde, employant plusieurs centaines de milliers de personnes. Après vingt années de croissance à deux chiffres, il faut certes oublier les taux d'augmentation de la fin des années 90. Mais malgré un arrêt brutal de cette croissance après 2001, suivi de deux années « noires », la profession peut néanmoins compter sur une croissance annuelle moyenne de l'ordre de 5-7% par an durant les prochaines années. A noter également qu'en Angleterre et en Allemagne, la part du conseil par rapport à celle du PIB est le triple de chez nous, ce qui laisse présager d'un fort potentiel de développement à l'intérieur de l'hexagone.
Dans un monde extrêmement mouvant, le métier de consultant n'échappe pas à la règle et les « big four » qui régnaient à une époque pratiquement sans partage sur le conseil ont vu sonner le glas de ces grands réseaux pluridisciplinaires issus de l'audit. L'affaire Enron n'a été en réalité que le déclencheur d'un processus déjà enclenché.
Ainsi les « big four » se sont successivement séparés de leur division consulting, le plus souvent pour s'adosser à une SSII : Capgemini a racheté Ernst & Young Consulting, IBM s'est emparé de Price Waterhouse Coopers Consulting, la division services informatiques de British Telecom s'est adjugé KPMG Consulting France, Atos Origin a racheté KPMG Consulting Pays-Bas et Royaume-Uni, etc. Des « big four », seul Deloitte Consulting France a fait le pari du conseil indépendant de l'informatique, sous l'appellation INEUMconsulting.
Cependant dans la réalité, tous ces mariages sont loin d'avoir tenu toutes leurs promesses.D'une part à cause du fait qu'en interne la cohabitation entre consultants et informaticiens s'est avérée difficile et d'autre part, à cause de la réaction de méfiance de la part des clients qui ne croyaient pas en une véritable objectivité du conseil mais le voyait plutôt comme une préparation à l'arrivé du service informatique. La majorité des opérateurs qui avaient fait le pari de l'intégration font aujourd'hui machine arrière afin d'isoler les divisions conseil tandis que les changements de nom se multiplient pour renouer avec la dimension consulting. Bien évidemment pendant ce temps, les cabinets généralistes qui avaient fait le pari de l'indépendance brandissent ce choix comme un étendard.
Une récente étude menée par PRECEPTA indique que si chaque cabinet de conseil se veut unique et cultive avec soin sa différence, on peut néanmoins identifier six grandes catégories d'opérateurs :
- les cabinets qui ont développé en interne une offre de prestations informatiques. Accenture est l'unique représentant de cette catégorie parmi les grands noms du conseil. Il s'agit par ailleurs du seul exemple d'intégration des métiers réussie, sachant que l'intégration s'est faite ici du conseil vers l'informatique et non l'inverse ;
- les opérateurs qui proposent au sein de la même structure du conseil et de la prestation informatique : IBM Business Consulting Services (IBM BCS), Unilog Management, Computer Sciences Corporation (CSC) Consulting, BearingPoint… ;
- les cabinets qui sont restés sur les métiers du conseil tout en appartenant à une SSII (ou à un groupe qui contrôle une SSII). Ces opérateurs proposent une offre indépendante de leur maison mère, même si des passerelles sont parfois possibles. C'est le cas d'Orga Consultant (filiale de Sopra Group), de Celerant Consulting, d'Atos Consulting, d'Aedian Consulting… ;
- les cabinets généralistes indépendants des grands noms de l'informatique : INEUMconsulting, Eurogroup, Greenwich Consulting, SIA Conseil… ;
- les cabinets de conseil en stratégie : McKinsey, The Boston Consulting Group (BCG), Bain & Cie, Roland Berger… Les frontières entre conseil stratégique et opérationnel sont toutefois de moins en moins marquées ;
- les cabinets spécialisés : réduction des coûts (Alma Consulting Group, Masaï…), ressources humaines (IDRH, Altedia, BPI…), etc.
Au-delà de ces modifications structurelles au niveau des grands noms du conseil, il existe également d'autres changements notables comme par exemple le fait que les entreprises n'hésitent plus aujourd'hui à faire appel à des petites structures voire à des indépendants, chose impensable il y a encore quelques années à l'époque où le marché du conseil était avant tout réservé aux grands cabinets.
On observe également en parallèle un autre phénomène qui est celui de l'augmentation du nombre des indépendants dont l'origine est à rechercher ailleurs que dans la seule opportunité de marché évoquée précédemment. En effet si certains font ce métier par goût, d'autres s'y retrouvent effectivement par opportunité mais il ne faut pas oublier ceux qui le font par obligation. Ces derniers correspondent essentiellement à des seniors dont les entreprises ont commencé à se séparer à la fin des années 90 et qui compte tenu de leur âge mais forts de leur expérience n'avaient d'autres ressorts que de s'installer comme consultant.
Plusieurs explications existent quant au recours à des indépendants dont la plus rationnelle est sans doute celle liée aux avantages directs que l'entreprise peut en retirer :
- Confiance en la personne : Celui qui réalise le travail est bien la personne rencontrée au moment de la présentation des compétences, celle qui a séduit et en qui on a confiance a priori. Même si cela paraît tout à fait évident, il n'en est malheureusement pas toujours de même pour les grands cabinets où souvent c'est un senior qui mène les négociations alors que la majorité du travail est ensuit effectuée par des juniors bien au-delà d'une simple mise en œuvre ;
- Souplesse : Le consultant indépendant possède une plus forte disponibilité, une réelle adaptabilité associée à une véritable réactivité sans parler d'une grande flexibilité pour la réalisation de son travail afin de le faire correspondre au mieux aux attentes de son client. Il est en général plus facile de manoeuvrer un hors-bord qu'un paquebot ;
- Personnalisation : Une des conséquence de cette souplesse consiste pour le conseil indépendant à être capable d'effectuer du sur mesure à son client alors que les grands cabinets sont plutôt tenus de proposer des solutions systématiques et prêtes à l'emploi ;
- Expertise : En général le consultant indépendant possède une réelle expertise dans son domaine, acquise et surtout enrichie en permanence au cours du temps. Par exemple, le domaine de la « high tech » est tout à fait représentatif de ce constat ;
- Coût : Du fait même de son indépendance, les charges de structure sont nettement moins élevées que pour un grand cabinet ce qui permet de pratiquer des tarifs très intéressants pour l'entreprise.
A l'inverse le consultant indépendant ne se verra en général pas confier de grands projets pour lesquels il est nécessaire de disposer des moyens adéquats et de compétences diverses. Sur ce dernier point une organisation comme X-Mines Consult, peut être d'un véritable soutien, car au-delà des échanges d'expériences, elle peut être à l'origine de création de consortiums destinés à pouvoir répondre à des demandes pluridisciplinaires.
Enfin si par malheur le résultat n'est pas au rendez-vous, l'entreprise cliente d'un indépendant ne dispose que de peu de moyens pour y remédier en dehors du fait d'être obligée de tout recommencer et de s'adresser cette fois à une plus grosse structure.
L'expertise étant un des avantages du consultant indépendant, il en est même devenu une condition nécessaire de réussite. Ainsi un récent dossier paru dans l'Entreprise confirme qu'un consultant trop généraliste a peu de chances d'être crédible. Les entreprises attendent des profils spécialisés et réellement pointus. Parmi les spécialités les plus courues on retrouve bien évidemment le conseil en stratégie car les entreprises doivent être capables de s'adapter très rapidement aux différents changements de son environnement. D'autres spécialités sont également porteuses comme le conseil en qualité, en ressources humaines, en conduite du changement ou en financement. Certaines disciplines, certes plus confidentielles, sont en pleine expansion comme le conseil en restructurations, en fusions ou encore en réduction des coûts sans oublier le hig tech.
Il est donc fondamental pour un indépendant de bien se former afin évidemment de se tenir à la pointe des connaissances de son secteur mais aussi afin de gagner du temps sans oublier malgré tout d'apprendre à travailler en commun. Un chiffre éloquent en la matière indique un taux de survie de 80% pour ceux qui se forment contre 80% d'échec pour les autres!!!
Par rapport à ce qui précède, l'indépendant a donc une réelle opportunité pour se positionner en tant que tel sur le marché du conseil grâce à une véritable expertise. Néanmoins il est toujours possible pour lui de collaborer avec de grands cabinets en complétant leurs équipes comme expert, manager de projet, en tant que « gourou » d'un domaine ou encore comme simple apporteur d'affaires.
Cependant il semble que le véritable avenir soit plus favorable aux indépendants en groupe ou en réseau afin d'une part de leur permettre de traiter des sujets pluridisciplinaires plus ambitieux mais également afin de profiter des contacts de chacun en matière commerciale et connaissance des besoins.
Par ailleurs dans le domaine des high tech, de nouvelles spécialités relativement pointues se dessinent comme par exemple la notion de « compliance » que l'on retrouve à tous les niveaux de l'entreprise. Nous pouvons également citer le « records management » ou encore le « business continuity ». Aucune formation existe en la matière et seule une bonne expérience des différents domaines concernés permet de répondre aux exigences de ce type de sujet. Il existe bien sûr d'autres exemples et la voie semble ainsi toute tracée à une nouvelle branche d'activité directement issue des high tech permettant de développer une activité de consulting pour qui saura la saisir.
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