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12 mars 2009 Conférence Jean Peyrelevade "Analyse macroéconomique de la crise" - Compte-rendu Version imprimable Suggérer par mail

Jean Peyrelevade,

vice-président de Leonardo & Co, ancien président du Crédit Lyonnais

« Analyse macroéconomique de la crise »

Jean Peyrelevade commence par un bref rappel de l'histoire de la monnaie. On pense que les premières pièces sont apparues vers 700 av. J.-C. en Lydie. Peu après cette époque, le roi Crésus a produit une monnaie en or qui l'a rendu célèbre.

La monnaie est donc restée longtemps basée sur l'or ou - plus précisément - convertible en or. Cette période s'est terminée en 1914 avec la première guerre mondiale, et elle a duré en tout 2600 ans. Cela fait a peine 100 ans que notre monnaie n'est plus totalement convertible.

Il n'est pas étonnant qu'un système aussi jeune soit encore fragile. Il a déjà connu deux crises profondes en un siècle. Comment expliquer ce phénomène ?

Jean Peyrelevade propose ici un « théorème » auquel il serait prêt à associer son nom ! « Tout système financier non régulé fait faillite. » Ce théorème est non seulement prédit par la théorie, mais vérifié expérimentalement. En effet, même pendant les 2600 ans de monnaies métalliques, il n'y a pas eu un système qui n'ait fait faillite. Or, la réglementation est apparue assez récemment, avec la création de la Banque d'Angleterre, en 1694.

Il y a en réalité une différence fondamentale entre l'économie réelle et l'économie financière. Dans toute entreprise-non financière - la dépense précède les recettes. Le financier crée ainsi un contre-pouvoir naturel sur l'économie réelle puisqu'il doit s'assurer que les recettes permettront de rembourser les dépenses.

Mais dans les activités financières, c'est le contraire. Les industries financières génèrent un gigantesque besoin en fonds de roulement négatif. Si l'on prend l'exemple de l'assurance, le paiement des primes précède le remboursement des sinistres. Rien ne limite alors la croissance de l'activité de l'entrepreneur, hormis sa propre prudence. D'où le théorème...

C'est ce qui s'était produit en 1929 avec la bourse, et c'est également le cas en 2008 avec les « subprimes » et les banques d'investissement.

Ceci amène à poser la question : « Qui crée la monnaie ? et avec quelle contrepartie ? » Quelqu'un dans la salle répond : « Les banques » - Oui ! Un autre auditeur suggère : « Ce sont les dépôts des clients » - Faux !

Chaque fois qu'une banque accorde un crédit, elle crée la monnaie simplement en l'inscrivant sur le compte du client. La masse monétaire est comptablement égale au volume total des crédits. On peut dire - en quelque sorte - que le système bancaire a le monopole d'une pyramide à la Ponzi.

La monnaie, c'est l'instrument de l'échange. C'est la condition de la civilisation. C'est un bien public. À l'occasion d'un prêt, elle est émise en contrepartie d'un risque privé. Mais si l'État est le garant ultime de la monnaie, on pourrait voir là une raison de nationaliser le crédit.

La situation aux Etats-Unis est telle que les pertes des banques ont atteint un montant équivalent à leurs fonds propres. Techniquement, elles sont en faillite. Peu d'investisseurs voudront investir au capital de ces banques, et ça ne repartira qu'avec leur nationalisation - transitoire. Tant que cela ne sera pas fait, l'économie mondiale ne repartira pas.

Nous sommes dans une situation que personne ne connaît, que personne n'a encore théorisée. On ne sait pas exactement quand ça repartira. Mais il est probable qu'en France le redémarrage sera particulièrement difficile (cf. Sarkozy : l'erreur historique, Jean Peyrelevade, 2008).

Avant la crise, nous avions déjà deux faiblesses comparés à nos principaux concurrents : le budget le plus déficitaire, et une dégradation de la compétitivité depuis 2000 qui se traduit par une hausse du déficit extérieur. L'explication tient au fait que les entreprises françaises ont les marges brutes les plus faibles d'Europe.

Parmi les mesures à mettre en œuvre, il faut augmenter la transparence concernant les fonds propres, car l'effet de levier est trop élevé, et mettre en place des normes de liquidité. La Banque d'Angleterre avait été créée pour assurer la convertibilité du papier en or ainsi que la liquidité du système. Aujourd'hui, un système financier mondial exige une régulation mondiale.

Dans le monde financier, la faillite d'un acteur n'est une bonne nouvelle pour personne.

Mais il faut aussi noter que les problèmes actuels, en France, sont exactement les mêmes qu'en 1982. À l'époque, on n'était pas protégés par l'euro, ce qui s'est traduit par une fuite des devises, et il avait fallu mettre en œuvre un plan de rigueur.


Quelques points évoqués lors des questions :

  • La préoccupation majeure des entreprises sans visibilité sur l'avenir demeure le « cash ». Il faut reprendre les fondamentaux : les stocks, le fond de roulement, rendre flexible les ressources humaines, abaisser le point mort. Actuellement, Leonardo est de plus en plus interrogé sur des opérations de restructuration. La question principale reste la survie, la durée de la survie, et donc le « cash ».

  • Le mot « nationalisation » est impossible à utiliser, politiquement parlant et notamment aux Etats-Unis. Pourtant, par exemple, Dexia a été « nationalisée ». Il est nécessaire que l'Etat affirme qu'il a pris le pouvoir pour rassurer le marché. La méfiance reste tant que cela n'est pas affirmé. Et pourtant, les Etats-Unis ne disent pas « AIG est la propriété du peuple américain » ...

  • D'autres classes d'actifs sont sources d'accumulations dangereuses. Par exemple, l'immobilier qui génère une masse de crédit pour produire de nouveaux biens, mais également accumule de nouveaux crédits pour faire tourner le stock. De telles classes d'actifs doivent faire l'objet de réglementations adaptées.

  • L'accumulation de risques financiers impose une réglementation adaptée, pour endiguer le risque systémique. Il faut refuser l'opacité des hedges funds, tout autant que des dérivés de tout type qui peuvent exister sur différents types de biens.

  • A la question : Aujourd'hui, on peut se poser la question des règles prudentielles, mais on doit aussi s'interroger sur les fondations. Le monopole, le cours légal, le cours forcé, ont été créés historiquement pour financer les États. Or ils ont pour effet d'encourager la création monétaire, que l'on cherche ensuite à contrôler. Ne doit-on pas revoir ces fondations ? Jean Peyrelevade répond : C'est pour cela que les banques centrales sont indépendantes, ce qui a longtemps fait l'objet d'un débat. Mais quant à imaginer un autre système qui marche, on n'en a pas trouvé.

Stéphane COUVREUR, 12 mars 2009
 
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