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Editorial Septembre 2009 Version imprimable Suggérer par mail

Dans un article récent*, Camille Sée observe que la crise remet en cause notre modèle social. Le salariat permettait aux entreprises de fidéliser une main d'œuvre qualifiée et offrait à la majorité des travailleurs un cadre sûr, règlementé et favorable à la promotion sociale. Mais on passe à un travail de moins en moins prescrit,  quantifiable ou planifiable et le modèle de la très grande entreprise a vécu, avec sa hiérarchie, sa centralisation, ses normes, ses codes et ses pesanteurs. L'avenir n'est plus aux grandes unités mais aux petits commandos d'experts.

Les travailleurs du savoir (nous sommes tous amenés à en devenir) seront employés sur des missions qu'ils réaliseront en un temps donné (le temps d'un travail, et non plus sur le temps de travail). Vouloir quantifier la durée du travail dans la société du savoir est contre productif (les neurones ne se mettent pas en marche au coup de sifflet).

Cette thèse séduisante, surtout pour les consultants indépendants dont la force tient à leur capacité à mobiliser leur énergie pour réaliser des missions de haute valeur ajoutée en toute liberté, me semble contestable :

  • la division du travail au sein des organisations restera un facteur essentiel d'efficacité,
  • l'économie de marché permet heureusement aux entreprises d'employer leur personnel pour atteindre un objectif ou de faire appel à des ressources externes, et aux travailleurs de choisir librement entre contrat salarié et contrat de mission selon leurs préférences personnelles (tout le monde n'a pas envie de créer sa propre entreprise, de développer sa notoriété et son portefeuille de clients ni d'assumer les tâches juridiques, comptables, fiscales, administratives et sociales).

Par contre cette thèse ouvre une voie de progrès potentiel pour les organisations dont chacun connaît les faiblesses et les lourdeurs, avec des contrats de travail réduits à une disponibilité et  une rémunération liées à un temps donné, assortis d'un engagement implicite à exécuter des instructions sans pouvoir mettre en cause leur pertinence : il faut inciter les dirigeants à conclure avec leurs cadres des contrats similaires à ceux des consultants, avec des  résultats convenus après discussion, un calendrier de réalisation, des moyens mis à disposition, une équipe dont les membres sont bien identifiés et une rémunération liée à la valeur produite.

Qu'il s'agisse de construire une usine, d'en fermer une autre moyennant un plan de reconversion, de concevoir et mettre en oeuvre un plan de R&D ou de marketing, un nouveau système d'information ou un projet de développement international, chacun sait que le consultant indépendant comme le responsable salarié, s'ils ont acquis une réputation de compétence et de sérieux, enchaînent les missions dans une entreprise, un groupe ou même une série d'entreprises, avec succès, grâce à des contrats réalistes et en adéquation avec le marché.

Le consultant indépendant, expérimenté, surtout s'il a été dirigeant salarié, est le mieux à même d'aider les responsables d'organisations à atteindre leurs objectifs grâce à de tels contrats.

Jean-Paul Schaer

* Le prévisible déclin du salariatLe Monde Opinions Camille Sée 9 août 2009

 
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